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Actualité : Tafsut exclut de Studio 2M
Posté par imurig le 13/6/2006 17:50:45 (1956 lectures)
Actualité

Studio 2M, le programme de compétition dans le domaine de la chanson, en est à sa troisième édition. La chaîne de Ain Sbaà se targue de beaucoup de changements et améliorations mais une constante est toujours là: une marginalisation totale de la chanson amazighe. Même si quelques amazighs participent, ils sont écartés vers la touche pour la simple raison qu'il parlent et chantent en Amazigh. C'est ce qui est arrivé dernièrement à Agadir au militant-chanteur de la troupe TAFSUT Abdellah BOUZANDAG qui a été exclu de la compétition parce qu'il chante en Amazigh. On a traité tamazight comme d'habitude: "folkloriquement"... Une autre lecon pour ceux qui parlent de la démocratisation des médias...

AHYAD

Lire le récit de Bouzandag sur sa mésaventure avec 2M ICI

Site du groupe tafsut: http://www.tafsut.fr.tc
E-mail: tafsutcontact@yahoo.com

A. Bouzandag : ma mésaventure avec Studio 2M

Lahsen Oulhadj


Une télévision qui fait dans le racisme et l'exclusion, il n'y a plus que les crédules que cela étonne. Quoique nos officiels n'arrêtent pas de ressasser que, enfin, l'amazighité, dans ses différentes expressions, y aura de droit de cité, il faut dire que ce n'est pas le cas. Toujours ce terrible hiatus entre le discours et la réalité, pourrait-on dire.

Abdellah Bouzandag chanteur du groupe Tafsut Music Band l'a vécu, à ses dépens. Sans se faire d'illusions, il a voulu, comme tous les jeunes du pays, participer à l'émission Studio 2M. C'est son droit le plus absolu. Mais manque de bol, il chante en tamazight. Ce que, comme vous pouvez l'imaginer, est loin d'être du goût des responsables de l'émission. Cela peut même être rédhibitoire, une véritable tare. Il nous raconte sa mésaventure en ces termes.

« Le 12 juin dernier, je me pointe au lieu de la compétition. En voulant compléter le formulaire http://www.2m.tv/studio2m2006/st2006.pdf , j'ai été surpris d'avoir juste deux choix : chanson arabe ou chanson occidentale. Même pas marocaine ! Il faut le croire. J'ai donc décidé de ne pas cocher ni l'une ni l'autre. Lors de l'entretien, on m'a bien évidemment demandé dans quel genre je veux chanter. Ma réponse a été claire et nette : la chanson amazighe. Les responsables n'en revenaient tout simplement pas. Comme si j'ai commis un crime. Avec leurs mines complètement défaites, ils ont marqué la chanson arabe, malgré mes protestations. »

« Lors du premier tour, continue-t-il, j'ai interprété ‘’a vava inu va’’, a capella. Et même si je n'en croyais pas mes yeux, j'ai été sélectionné. Au tour suivant, j'ai été interviewé par un de leurs journalistes qui a voulu savoir pour quelle raison je chante en ''chlha''. Incroyable, absurde, n'est-ce pas ? Réponse du berger à la bergère, je lui ai fait toute une réplique, mais en tamazight. Je ne sais pas si cela va être diffusé, mais en tous cas tout a été filmé. Toujours est-il que ce jour-là, pour certainement me froisser, j'ai été le dernier à passer. Le jury était composé entre autres d'Anas Tadili et du chanteur Malek. Je ne sais pas si c'est vraiment sincère, mais celui-ci s'est montré très enthousiaste et a joué toute une partition sur la qualité des participations. Il a même commencé son intervention par un « azul » bien perceptible.»

« A la fin, conclut A. Bouzandag, et comme je m'y attendais un peu, le résultat était ainsi : huit personnes ont été sélectionnées pour la chanson arabe ( à Agadir, une ville prétendument amazighe !!) et deux pour la chanson occidentale. Je ne figurais pas naturellement parmi elles, car j'ai été tout simplement écarté. Ce que je n'ai pas accepté. J'ai donc voulu protester auprès du jury, mais on ne m'a pas laissé faire. L'un des responsables de l'émission, ayant remarqué mon sentiment d'injustice, m'a avoué qu'en tous les cas je ne pouvais pas passer au 3ème tour parce aucune musique amazighe n’y est programmée. Car, semble-t-il, la liste des chansons à interpréter par les candidats a été déjà bouclée. Aussi surprenant que celui puisse être, ce sont les responsables de l'émission qui décident de tout et effectivement- c'est le cas de le dire- ils ont décidé encore une fois d'exclure la chanson amazighe sur une télévision financée avec l'argent des Amazighs. »

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Le tazenzarte : Azerwal remet définitivement les choses à l’endroit

Depuis belle lurette, l’on attendait, ardemment, un livre -un vrai bien sûr- sur le style de tazenzarte. Azerwal, Kikch Saïd de son vrai nom, a eu l’insigne honneur de lui donner la vie. Pour notre plus grand bonheur. Car, comme nous tous, ce jeune chercheur est de cette génération chanceuse qui a été généreusement bercée et nourrie par les légendaires troupes de ce style on ne peut plus amazigh. Lesquelles, répétons-le, méritent plus qu’un livre. Tellement elles sont incroyablement talentueuses.
   
En tous les cas,  Azerwal a certainement fait sienne cette idée que les Amazighs ont l’impérieux devoir de parler, le plus souvent possible, des leurs et de leur culture. Espérons juste que son initiative fera des émules, beaucoup d’émules ! Car Dieu seul sait que le domaine amazigh est en friche et mérite incessamment d’être défriché ! Surtout que l’on est systématiquement abusé, déçu voire blessé de constater qu’à chaque fois que c’est un étranger qui fait un travail sur nous, c’est toujours, au mieux, vitement bâclé, au pire, ouvertement tendancieux. Sauf quelques très, très rares petites insignifiantes exceptions.
Pour rester dans le vif du sujet, ce 1er  tome  du livre compte 300 pages et  est écrit entièrement en arabe. Il porte ce titre on ne peut plus sobre : « le style de tazenzarte dans la chanson amazighe ». D’emblée, l’auteur met les points sur les « i ». Et de quelle manière ! En fin connaisseur de l’histoire de cette musique- il en connaît personnellement les acteurs qu’ils soient connus ou inconnus-, il a prouvé, doctement et magistralement, qu’elle n’a absolument rien à voir avec Nass-El-Ghiwan ou je ne sais quelle autre influence arabe. Une injuste et horrible idée que certains forts en gueule cherchent, contre toute logique, à accréditer. Par ignorance bien évidemment, mais plus souvent par mauvaise foi. Tellement le mépris des Amazighs est ancré dans les abysses les plus profonds de leur  « moi ».
Toujours est-il que sur les douze chapitres de ce 1er tome du livre, l’auteur nous invite à un voyage des plus instructifs dans le monde merveilleux de tazenzarte. Il faut juste se laisser guider. Sans trop de résistance. D’ailleurs, on en apprend énormément sur ce style musical. À en croire l’auteur, il est plus ancien que l’on peut bien imaginer. Ses premiers balbutiements  datent de  l’aube des années…60. Il faut vraiment le croire ! Car ce n’est pas les preuves qui manquent. En fait, les précurseurs étaient de parfaits inconnus jusqu’à alors. Imourigen pour les nommer. Une troupe originaire, naturellement, de la pépinière des artistes et des talents, la fameuse bourgade soussie, Dcheira.
Pour ne pas être trop long, le but ultime d’Azerwal est de démontrer que le tazenzarte n’est pas né du néant ou grâce à un coup de baguette magique d’une quelconque influence exogène. Il est le produit des plus typiques du génie musical des « hommes libres ». Bien naturellement, en interaction étroite avec les métamorphoses, parfois radicales, de leur propre société. Notre auteur a mille fois raison d’insister sur cette vérité plus que palpable. Mais que le lecteur se rassure, dans le livre, il n’y a pas que cela. Comme on ne peut pas se permettre de tout résumer ici. Pour en apprendre davantage, il  n’y pas mieux que de le lire. Le plus vite sera le mieux.

Lahsen Oulhadj
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