Lakdam

Si la ville d’Inezgane devait s’enorgueillir un jour, c’est sûrement d’avoir été le berceau du groupe légendaire Lakdam. Le sens de Lakdam (tarragt, tarrzift), dans la langue tamazight dépasse de loin la traduction étroite par le mot « les pas ». Ce mot englobe tout ce que l’hospitalité à de sens profonds. Les marocains, en se rendant visite s’attendent à un bon accueil et une hospitalité chaleureuse. De même qu’ils s’attendent à une visite réciproque. D’où le choix de ce nom.
Naissance d’un groupe légendaire

Fondée en septembre 1972, la première formation fut constituée par les frères Bayri Mohamed et Hassane, Rabila Brahim (plus connu sous Rabba), El Hanafi Mohamed, le défunt Echcharâi El Houcine, et Balla Ahmed. Ils ont commencé leur carrière en composant et chantant des chansons arabes, vu qu’ils étaient fans de Jil Jilala, ce groupe qui fut fondé quant à lui, en janvier de la même année. Ainsi les premiers titres de Lakdam étaient :

• Ma bqa li n’tiq a baba
• El youm ezzmane rmani
• Wili wili âla zmani (paroles de Hanafi)
• El mediyoum
• Leqloub ettaghya (du prof de musique Said Hmeyma)
• El hajrine
• El matar enzel (du célèbre acteur théâtral Mohamed El Jem, à l’époque en service militaire à Inezgane).

La première appellation du groupe était « Anwar Souss », qu’ils ont dû changer au moment du dépôt légal pour éviter toute confusion avec l’association « Anwar Souss » de la culture et théâtre à la ville d’Agadir.

Au début de l’année 1973, la formation fût rejointe par Abdelaziz Chamkh et Larbi Baybane, alors que Mr Boutakkourte Moulay Omar et Oubayh Houcine ont pris en charge le côté organisationnel, directif et financier de la troupe.

C’est à partir du début Mars 1973 que le groupe commence à préparer ses premiers titres en tamazight du Souss : laqdam inu, àawd as a tasa nu, yan utbir umlil, menck ak iqqaddan, wad itmuddun, imik s imik, dunit tga ghemkad. Le groupe était très actif au point de conceptionner et fabriquer ses propres instruments.
Sur le chemin du succès

En 1974 ils se sont affiliés à l’association de la renaissance culturelle de la jeunesse à Inezgane, pour participer ensuite au festival de la chanson populaire organisé par la maison des jeunes à Hay El Hassani à Agadir. Le fait de proposer trois chansons en tamazight les a condamné à être programmé comme dernier participant à entrer en scène derrière quinze groupes chantant tous en arabe. Et comme si ça ne suffisait pas, même les spectateurs ont essayé de les décourager en hurlant et sifflant « id bilawane ». Mais une fois le rideau levé, la surprise était inattendue. Les membres du groupe confiants, bien positionnés sur scène, vêtus en tricots noirs, pantalons blancs et gilets rouges, commencèrent leur spectacle. Le public se calma et la protestation céda la place à l’anticipation. C’est qu’il vient de découvrir pour la première fois le style « tazenzart ». Il fût tellement ébahi par cette musique qu’il a obligé Lakdam à rester plus longtemps que prévu et rejouer leurs titres. Le comité du festival, formé d’enseignants et d’avocats, n’a pas hésité à couronner Lakdam du premier prix.

Après ce succès, le groupe commença ses préparations pour l’enregistrement de ses œuvres. C’est en ce moment qu’il fût invité par la délégation de l’association marocaine de la recherche et l’échange culturel à animé les festivités organisées au club sable d’or à Taghazoute, à l’occasion de la sortie du livre d’Omar Amarir intitulé « la poésie marocaine amazigh ». Là, on a informé les membres du groupe du projet yah ou oussmane à Rabat et furent prié de retarder l’enregistrement pour qu’il soit simultané avec celui d’Ousmane. Lakdam ont accepté et se sont affilié à cette association, devenant ainsi son deuxième pôle artistique.
Scissions

En 1975, après le début très encourageant, des incidents secouent le groupe, le menaçant à maintes reprises d’implosion. Le 03 mars, Rabba se retire suite à un malentendu avec le groupe. Les autres membres rejoignent le Groupe « Jil Sidi El Mekki » en l’occurrence: Abdelaziz Chamkh, Boufertal, Talibi, Daâli Bawsouss et Igout. Ils vont ainsi reprendre le répertoire de Lakdam en cherchant un nouveau nom artistique qui ne sera autre qu’ « Izenzaren ». Une nouvelle scission intervient à un mois d’intervalle de la première. Les anciens membres de Lakdam, à l’exception de Hassane Bayri, se retirent pour créer « Inmoudda ». Rabba en compagnie de Balla quant à eux, ont gardé Lakdam en y associant Abdellah Oubelâid et Chatir mustapha.

Nous voici donc dans une phase en présence de trois formations distinctes: Lakdam, Inmoudda et Izenzaren avec Mohamed Hanafi comme joker travaillant avec les trois en même temps.

Au cours de la marche verte en octobre 1975 à Tantan plage, Abdelaziz Chamkh invita tous les membres sans tenir compte de leurs appartenances à l’animation d’une soirée artistique sous le patronage du colonel militaire responsable de la légion de la province d’Agadir, à savoir Chamkh, frères Bayri, Boufertal, Oubelâid, Balla et Hanafi.
Premiers albums

De retour en novembre, Lakdam se voient surpris de trouver leur répertoire diffusé sur les ondes de la station de la radio d’Agadir par le groupe Izenzaren. Pour protéger le reste, ils procèdent à son enregistrement en lui ajoutant de nouveaux titres, entre autres: wayyih tbudl lhawa rwah, Ma ittrju lbal inu, lquds, wa zzin.

En 1979, Inmoudda fusionne avec Lakdam et enregistrent leur première cassette référencée 001 chez « sawt el mâarif ». Ils devront ensuite attendre 1989 pour ajouter leur dernier album chez « sawt shallah ».
Conclusion

Pour conclure, il est incontestable que c’est à ce groupe résistant et précurseur que revient le fondement de la base solide de tazenzarte, avec des créateurs tel Mr Rabba, Hassan et Mohamed Bayri qui m’ont fourni toutes ces informations précieuses. Ces grands artistes n’attendent de notre part que la simple reconnaissance de leurs bienfaits et de leurs services en faveur de la chanson et la littérature Amazighs du Souss. Non, ils n’ont jamais jugé personne. Mais au contraire, ils sont toujours prêts à reprendre la relève, à tendre la main aux nouvelles générations et les guider dans leur chemin.

SAID AZERWAL
10 mars 2006

Soirée tayought avec Izenzaren Igout, Titar et Laqdam

Publié le 21. novembre 2010 - 12:37
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